Nile Rodgers naît à New York le 19 Septembre 1952. Son père est percussionniste de Sam Cooke et de Harry Belafonte. Son oncle est également musicien et enseigne à Nile Rodgers adolescent les rudiments d'un orchestre. Très vite, Nile Rodgers développe de véritables prédispositions de guitariste. Aussi, il étudie le jazz et la guitare à l'école de musique de Manhattan avec comme professeur, le guitariste de jazz Ted Dunbar. A la fin des années 60, il forme un quintet de jazz rock "New world Rising" avec Robbie Dupree qui en est le vocaliste. Il fréquente des pionniers de la guitare électrique tels que Steve Miller et Jimmy Page et collectionne tous les disques de Jimi Hendrix. Sa réussite en qualité de guitariste professionnel se concrétise avec un certain nombre d'engagements, notamment un contrat au légendaire théâtre Apollo de Harlem. Il y joue notamment avec Aretha Franklin et Nancy Wilson. Il est aussi recruté dans une tournée de la production musicale "Sesame Street".

Bernard Edwards est né à Greenville le 31 Octobre 1952, en Caroline du nord. Sa famille emménage à New York lors de ses 10 ans. Adolescent, il cesse d'apprendre le saxophone ténor au profit de la basse électrique, afin de remplacer le bassiste de son groupe d'alors, appelé pour partir à la guerre du Vietnam. Conquis par l'instrument, il décide de suivre les cours de la New York School of Performing Arts afin de devenir bassiste professionnel. Il y fait par ailleurs la connaissance du batteur Omar Hakim et de Luther Vandross en compagnie duquel il apprend le chant. Il est influencé par James Brown et le bassiste Larry Graham

Nile Rodgers et Bernard Edwards se rencontrent pour la première fois en 1970 dans le BRONX, peu après la fin de leurs études. Il semble que ce soit la mère de la petite amie de Bernard Edwards qui les présente l'un à l'autre. En dépit de leurs cultures musicales différentes, ils partagent les mêmes goûts et décident de jouer ensemble dans différents petits night-clubs. Les débuts sont difficiles : Bernard Edwards gagne au plus 15 dollars par prestation... Ils finissent par incorporer la partie musicale de la formation vocale NEW YORK CITY, notamment sur le titre "I'm doin' fine now". Après la dissolution de ce groupe, ils accompagnent Carol Douglas lors de sa tournée "Doctor's Orders", durant 6 mois. Nile Rodgers dira de Bernard Edwards, qu'il était le seul bassiste dont la particularité était de jouer de la basse comme lui-même jouait de la guitare. Cette similitude entre les deux musiciens finit par les inciter à créer leur propre groupe, car tous deux sont démunis et rêvent avant tout de gagner des millions... Pour atteindre leur "American dream", ils recrutent Tony Thompson - qui est à l'époque le batteur du groupe LABELLE - afin de constituer en 1972 le BIG APPLE BAND, un groupe de Rythm' and Blues. Tony Thompson est alors l'un des batteurs les plus puissants. C'est déja probablement leur force : Nile Rodgers est un guitariste de formation JAZZ, et Tony Thompson est à l'origine un batteur de FUSION. Sous l'impulsion de Bernard Edwards qui est un authentique bassiste FUNK, leur complémentarité en fait un groupe singulier doté d'une rythmique impressionnante.

Les 3 compères ont alors la ferme intention de constituer un groupe de ROCK ( ! ) car c'est ce qu'ils aimaient, mais rapidement leur entourage les découragea : Comment ça, vous, 3 afro-américains, vous voulez jouer du rock ?! Orientez-vous plutôt vers le Rythm' and Blues ou la Soul, vous serez plus crédibles ! Résignés, ils s'essaient alors dans une voie intermédiaire que Nile Rodgers connaissait : le JAZZ-ROCK. Nile Rodgers précise : "J'appliquais des arrangements déja DISCO aux standards du JAZZ-ROCK, comme pour Porgy et Bess". Cependant, le succès n'est pas au rendez-vous malgré le fait que le groupe écume tous les cabarets et toutes les discothèques branchés de New York. Les 3 acolytes jurent alors de créer un son nouveau car il réalisent qu'il est difficile pour un groupe afro-américain d'intéresser les maisons de disques. Nile Rodgers dit qu'il fallait "au moins avoir joué avec Miles Davis ou Chick Corea pour espérer décrocher un contrat, sinon vous étiez bloqués"... Dés 1976, le groupe compose ce son nouveau avec une dominante "Dance" renforcée par le fait que Nile Rodgers était certain qu'on pouvait écrire une musique de qualité qui soit populaire.

En 1977, Un autre groupe homonyme "BIG APPLE BAND", dirigé par le pianiste Walter Murphy, créé une révolution dans le monde musical. Ce dernier projette alors une idée folle : adapter une version DANCE de... la cinquième symphonie de Beethoven ! L'heure du DISCO a sonné. Cette adaptation est un véritable triomphe. Walter Murphy et son Big Apple Band sont donc consacrés par cette "5ème de Beethoven", qui fut d'ailleurs reprise dans la bande originale du film culte "la fièvre du samedi soir". Afin de dissocier leur groupe de Walter Murphy et galvanisés par ce succès, les 2 amis re-baptisent leur groupe ORANGE JULIUS puis ALLAH and THE KNIFE-WIELDING PUNKS. Mais certains de leurs amis Black Muslims se sentirent offensés. Ils décidèrent finalement de renommer leur groupe CHIC  en Juin, suite à une idée de Nile Rodgers qui souhaitait s'inspirer du titre court du légendaire groupe hard rock américain : KISS. Ils créent le style CHIC : une base harmonique, une mélodie pop et des accords jazz. L'écriture se déroule ainsi : titre, structure musicale, arrangements, textes et nouveaux arrangements. Quant au contenu des textes de CHIC, il évoque souvent la tristesse d'un amour impossible, incarnée par la présence de violons langoureux et ponctuée par les accords d'un piano accoustique. Les 2 compères définissent un "esprit" CHIC que résume Bernard Edwards : feeling, groove et fringues ! Concernant le look trés "classe" de CHIC, il semble que cet aspect du groupe soit dû à un séjour de Nile Rodgers à Londres, au début des années 70, et durant lequel il avait assisté à un concert de ROXY MUSIC. Il avait été séduit par l'allure fort glamour de Brian Ferry & Co ! CHIC est par ailleurs l'un des rares groupes de cette époque DISCO, à ne pas nous avoir fait subir vêtements à paillettes, combinaisons strass et autres tenues psychédéliques tant prisées par les artistes d'alors. A posteriori, il faut bien reconnaître que les clips d'EARTH WIND & FIRE, le look affiché sur les 33T de MIDNIGHT STAR, M'TUME, SKYY, STARPOINT n'ont jamais brillé par leur sobriété...

 Autre atout de ROXY MUSIC à avoir séduit Nile Rodgers : les 2 chanteuses associées à Brian Ferry. Aussi, avec l'accord de Bernard Edwards, il recrute Norma Jean Wright et Alfa Anderson. Norma étudiait le chant à la New York School of Performing Arts et Alfa était institutrice à NY. Bernard Edwards amorce de son côté la carrière professionnelle de son ami étudiant Luther Vandross en faisant appel à lui en qualité de choriste. Luther avait par ailleurs étudié le chant avec Norma. Nile Rodgers et Bernard Edwards étaient manifestement conscients de ne pas être des chanteurs innés.


Le groupe recherche alors une maison de disques. Ils enregistrent parallèlement une démo intitulée "Dance, Dance, Dance (Yowsah, Yowsah, Yowsah)", mais aucun label ne les engage. Ils décident alors de vendre leurs instruments afin de faire presser quelques exemplaires de la démo. Ils demandent alors à tous les discs-jockeys de NY de la jouer dans les soirées. Notamment le disc-jockey Rob Drake du "Night Owl Club" chez lequel le résultat est immédiat, le titre fait un véritable carton !

CHIC va alors être detecté par 2 hommes audacieux et visionnaires qui vont s'avérer être déterminants dans le succès du groupe : Jerry L. Greenberg et Ahmet Ertegun.

- Jerry L. Greenberg. Ce talentueux manager a commencé sa carrière  en tant que batteur avant de créer  son propre label  appelée "Green-Sea Records" à 18 ans. Par la suite, il devient le plus jeune président d'une major dans l'industrie du disque à l'âge de 32 ans en intègrant Atlantic Records, sur la demande du fondateur Ahmet Ertegun.  Jerry Greenberg est le premier à mesurer le potentiel de Bernard Edwards et Nile Rodgers et signe nos 2 musiciens chez "Atlantic Records" en 1977.

- Ahmet Ertegun. Le fils d'ambassadeur passionné de musique. s'est surtout fait une légende en créant le premier label indépendant avec Atlantic Records puis ATCO et STAX. Il fut le plus grand promoteur de la musique noire aux Etats Unis dés les années 40, en étant le premier producteur à réaliser que JAZZ, RYTHM AND BLUES, SOUL seraient plébiscités par tous.


CHIC sort donc son premier single, qui se vendit à 1 million d'exemplaires dés le premier mois ! Ce premier 45T est important dans l'opinion de Nile Rodgers car c'était la première chanson avec une "sub-bass". Avant "Dance, Dance, Dance" toutes les basses accordées en dessous de 60 Hz étaient proscrites, mais Nile Rodgers et Bernard Edwards avaient intuitivement décidé de l'enregistrer telle quelle pour ce titre. C'était quelque chose de révolutionnaire pour l'époque . L'immense succès de ce single leur permit de sortir leur premier album "Chic" en 1977. Cet album fut enregistré en 3 semaines avec un budget de 35000 $, et inclut l'autre  hit "Everybody dance". Rodgers dit de ce titre qu'il est réellement le premier titre de CHIC. La rumeur veut que Bernard Edwards joua la partition de la basse en une seule prise. Ce tube créa comme "Dance, Dance, Dance" une telle frénésie dans les discothèques qu'une nuit Nile Rodgers et Bernard Edwards furent appelés par un ami qui les invita au Studio 54. Le DJ avait une copie en exclusivité du disque et le public en était tellement fou que le DJ dût le jouer en boucle plusieurs reprises d'affilée...!


Consciente de ce succès, Norma Jean quitte le groupe afin d'entamer une carrière solo chez Bearsville Records qui est également une filiale de WARNER. Le premier album s'appelle "Norma Jean". Il est produit par nos 2 compères, qui souhaitaient s'essayer au métier de producteur dans le but d'être un jour leur propre patron. Mais autant son succès fut retentissant dans les discothèques, autant commercialement il fut un véritable échec. Le single extrait de l'album a réellement la marque de fabrique de CHIC et contient des solos exceptionnels de Nile Rodgers : "Saturday", "Sorcerer" et "I like love". Vu le succès de "Saturday" dans les discothèques, un deuxième album est entrepris par nos deux acolytes. Le single "High Society" et "Hold me lonely boy" sont des perles. Cependant, suite à l'échec financier de l'album précédent, le projet fut abandonné par Bearsville Records. D'un point de vue historique, il semble que l'origine de l'échec de sa carrière solo soit dû à plusieurs raisons. 1/ Son petit ami de l'époque, un collaborateur de la maison de disques ATLANTIC, estimait que Norma perdait son temps avec Nile Rodgers et Bernard Edwards. Selon lui, ces deux là étaient si peu doués pour la musique, qu'il leurs fallait des chanteuses exceptionnelles pour vendre leur musique. En bref, Norma était promise à un avenir que CHIC s'accaparait. Il pensait qu'elle devait démarrer une carrière solo. 2/ D'après Nile Rodgers, la réussite d'un d'artiste dépend de la qualité des compositions et de la promotion marketing de l'artiste. Or, sur ce dernier point, Nile Rodgers explique que Norma Jean est la seule artiste qu'il ait produite, sans jamais réussir à la diriger. 3/ La maison Bearsville Records n'avait jusqu'alors jamais produit d'artistes de musique noire. Bearsville produisait alors Bob Dylan et Janis Joplin et n'eut aucun repère pour manager la chanteuse dans le registre Rythm' and Blues, Jazz, Soul...

 Pour les afficionãdos, AMAZON vend en ligne l'album "Norma Jean". Il compile également le titre "High society". Par la suite, Norma travailla essentiellement en qualité de choriste, notamment sur les deux albums de Luther Vandross "Never too much" (1981) et "Forever, for always, for love " (1982). Elle fit aussi partie des choeurs dans l'album d'Aretha Franklin "Jump to it" (1982), produit par Luther Vandross. Norma Jean fut remplacée par Luci Martin au sein du groupe CHIC. Luci était alors danseuse et chanteuse de cabaret au Canada. Elle a notamment effectué les tournées de "Hair" et "Jesus Christ Superstar".

Aux yeux de tous, Norma Jean a fait preuve d'un sacré manque d'intuition quand on réalise que son départ du groupe intervient juste avant le plus grand tube de CHIC ainsi que la meilleure vente de tous les temps de la maison de disques ATLANTIC : "Le Freak". Dans une interview avec le journaliste suédois Mats Nileskar, Bernard Edwards expliqua dans quelles circonstances Nile Rodgers et lui écrirent ce monument de musique.Ils avaient alors été contactés par Grâce Jones qui voulaient travailler avec eux sur son prochain album. Elle les invita alors personnellement à l'une de ses grandioses soirées au Studio 54. C'était à la veille de la nouvelle année 1978, il neigeait et le froid était glacial.


Quand Nile Rodgers et Bernard Edwards arrivèrent au club, les videurs ne trouvèrent pas leurs noms sur la fameuse "liste" du Studio 54  ( liste des invités de la soirée pour ceux qui n'ont pas vu le film ! ). Nile Rodgers et Bernard Edwards expliquèrent qu'ils étaient le groupe CHIC et que Grâce les attendait. Mais les videurs n'y entendirent rien. Ils repartirent donc, enervés, direction chez Nile, et en 30 minutes, ils écrirent une chanson qu'ils appelèrent "Fuck off"... Ca donnait à peu prés ... "aaahh Fuck off". Ils sentirent que c'était un tube et ( bien sûr ) en changèrent le titre en "Freak out" puis "Le freak". Cette chanson ironique devint donc leur plus grand succès.

"Le Freak" fut premier des US charts pendant 6 semaines. Il se vendit à prés de 6 millions de copies uniquement aux US dont 1 million à Atlanta. Sachant que Bernard Edwards et Nile Rodgers ont du stopper la vente du single car elle risquait de se faire au détriment du 33T "C'est CHIC !  C'est la consécration pour nos les 2 leaders qui ont à ce moment précis réalisé leur rêve d'adolescent : devenir célèbres et gagner des millions..."Le freak" fut "disque d'or en Belgique , Italie , France , Angleterre , Brésil , Afrique du sud et dans la plupart des pays.


Paradoxalement, Rodgers et Edwards n'enregistrèrent jamais Grace Jones ! Mais Nile Rodgers produisit en 1986 son album "Inside story", avec le hit "I'm not perfect".


On peut étudier le style CHIC à travers "Le Freak". D'abord le refrain. Ensuite les paroles et à nouveau le refrain. Cette technique a été inculqué à Nile Rodgers depuis sa formation jazz. Le single suivant "I want your love" fut numéro 7 dans les charts US. "Le Freak" et "I want your love" furent inclus dans le second album "C'est Chic" en 1978. Au sujet du titre "I want your love", Rodgers confia par la suite que cette chanson était autobiographique. Il était amoureux d'une femme mais ne savait comment l'aborder. Ainsi, il écrit une chanson pour lui conter fleurette... et voilà ! Ah ces guitaristes...

"C'est CHIC" devient le premier disque de platine de CHIC. Par ailleurs, pour ce deuxième album, la maison ATLANTIC Records avait intuitivement doté Bernard Edwards et Nile Rodgers de 160.000$ pour financer ce second album.


En 1979, le groupe revient avec l'un des tubes les plus marquants de l'histoire des seventies : "Good  times".

"Good times"apparaît dans le  3ème album de CHIC "Risqué" en 1979. "Good Times" fut également la cible des foudres d'un critique qui se demandait comment CHIC pouvait écrire un tel titre à une époque où les Etats-Unis traversaient la seconde plus grande crise économique de leur histoire. Bernard Edwards et Nile Rodgers répondirent qu'en 1929, date de la grande dépression, d'autres artistes avaient écrit des textes gais comme "Forget your troubles, c'mon get happy". CHIC voulait exprimer de façon ironique qu'aprés la féria des discothèques, chacun retrouvait son univers .

La fameuse basse d'Edwards fut copiée par Queen dans "Another one bites the dust" et par Grand Master Flash sur "On the wheels of steel". Le titre fut aussi repris par Sugarhill Gang dans "Rapper's delight". A ce propos, Bernard Edwards, après avoir réalisé qu'il y avait violation de son travail, réclama à Sugarhill des dommages et intérêts. Cela se solda initialement par une descente armée dans le studio d'enregistrement de CHIC ! Bernard Edwards en fut tellement choqué qu'il enrôla de suite un avocat afin de mener une action en justice. Afin de clore le débat, Sugarhill Gang finit par payer un demi million de dollars à Bernard Edwards ! "Risqué" eut aussi un disque de platine et inclut également "My forbidden lover" ainsi que "My feet keep dancing". Au sujet de ce titre, la délicieuse idée du solo de claquettes fut interprétée par Eugene Jackson du groupe "Our Gang" et surtout par le légendaire Fayard Nicholas des Nicholas Brothers. Nile Rodgers dit qu'il s'agit avant tout d'un hommage aux Nicholas Brothers, ces 2 pionniers d'un immense talent (comparable à celui de Fred Astaire) et injustement méconnus.

Nile Rodgers et Bernard Edwards deviennent alors un duo (auteur-compositeur/producteur) avec lequel tout le monde veut travailler, et notamment le groupe Sister Sledge. Ce groupe est fondé en 1971 à Philadelphie aux Etats-Unis par les sœurs Debbie, Kim, Joni et Kathy Sledge. Agées de 12 à 16 ans, elles enregistrent leur premier single "Time Will Tell". Suivent "Wheatherman" et "Mama Never Told Me" en 1973. Elles signent un premier album "Circle of Love" en 1975. Il est suivi en 1977 de "Together" et du hit "Blockbuster Boy". Mais le succès arrive réellement en 1979 avec l’album "We Are Family" écrit et produit par Bernard Edwards et Nile Rodgers. Pour beaucoup de puristes, "We are family" est la meilleure performance de Bernard Edwards. Certains le comparent alors à un véritable Jimi Hendryx à 4 cordes ! Joni, Debbie, Kim et Kathy Sledge ont par ailleurs certainement été les meilleures interprètes produites par CHIC, tant la communion entre ces 2 clans est grande. "We are family" a également été le refrain de la communauté homosexuelle nord-américaine, qui a vu dans cette composition de Nile, un acte militant. Le succès de "We are family" fut tel que le leader sud-africain Nelson Mandela  a affirmé récemment que ce titre lui aurait donné du courage pendant son terrible purgatoire, grâce à une petite radio... C'est d'ailleurs suite aux déclarations de l'activiste charismatique que Nile Rodgers a réalisé que "We are family" était potentiellement l'hymne de la campagne américaine destinée à recueillir des fonds pour aider les plus démunis suite aux attentats du 11 septembre 2001. Pour Nile, qui est donc devenu l'instigateur de cette campagne, "We are family" est un refrain dédié à toutes les causes humaines.

En 1979 toujours, le duo Edwards/Rodgers écrit et produit "Spacer" pour Sheila et B. Devotion. Les riffs de la Statocaster de Nile Rodgers sont une pure merveille sur "Spacer". Plus de 30 ans après, "Spacer" est toujours inclus voire remastérisé à chaque nouvelle compilation de l'ex-chanteuse yéyé . Côté anecdote, Sheila a commenté les circonstances de "Spacer" depuis. Nile Rodgers et Bernard Edwards étaient alors à NY et lui avaient envoyé la bande de "Spacer" en France, après qu'elle les ait sollicités. Lorsque Sheila reçut la bande, elle se serait écriée, avec toute la modestie qu'on lui connaît : "Mon dieu, c'est trop fort, ce n'est pas pour moi !". Erreur, "Spacer" lui était destiné, et fut le titre phare d'une collaboration aussi inattendue que sublime. "Spacer" reste encore à ce jour l'une des meilleures compositions disco de l'époque.

En 1980 le groupe sort l'album "Real people"avec de superbes titres tels que "Real people", "Rebels are we", "Chip off the old block", "I got protection". Nile Rodgers estime que "Real people" et "Rebels are we" sont absolument le reflet de la vision CHIC : changements d'accords, tonalités multiples et nombreux grooves. Cependant, l'album ne pouvait avoir le même succès commercial de ses glorieux prédécesseurs. CHIC est pourtant à son apogée. Il suffit d'écouter "Chip off the old block" et "I got protection" pour s'en persuader. Côté anecdote, "Rebels are we" cristallise plus que jamais la complicité rythmique-basse de Nile Rodgers et Bernard Edwards . On réalise malgré ce premier revers vis à vis du public, à quel point ces deux-là aiment jouer ensemble.

 Heureusement, 1980 fut aussi source de succès commercial pour les 2 acolytes. Nile Rodgers et Bernard Edwards sont alors contactés par Diana Ross afin de lui écrire un album. C'est là que naquit "Diana" avec les hits "Upside down", "My old piano" et "I'm coming out". Le titre "Have Fun Again" sonne trés "CHIC" et "I'm coming out" valorise le talent de Tony Thompson. Cependant Diana voulait absolument faire partie de la production et orienter la composition. De plus, elle estimait que l'on entendait pas suffisamment sa voix ! Mais Nile Rodgers et Bernard Edwards ont toujours aimé être libres de créer. Aussi, aprés l'enregistrement, Diana fit saisir les bandes par la Motown et fit remixer l'album par son fidèle ingénieur-son attitré Russ Terrana. Ce dernier ampute aussitôt les arrangements de Nile Rodgers et Bernard Edwards car il estime qu'il ne s'agit pas d'un album de Diana Ross, mais d'un nouvel album de CHIC avec la voix de Diana...Dommage, car Russ Terrana a ainsi privé le public de passages ryhtmiques exceptionnels en particulier à la fin de "Tenderness", "Have fun Again", "Give up". Le titre "Friend to friend" basé au départ sur des riffs discrets et mélodieux de Nile, devient fade en devenant un accapella de la Diva.

L'album fut néanmoins un immense succès, renforça la notoriété de Nile Rodgers et Bernard Edwards et relanca la carrière de l'ancienne égérie de Berry Gordy. Heureusement pour les fans, en juillet 2003, la MOTOWN a finalement édité la véritable version CHIC de l'album... Cette anecdote est d'autant plus épique que Nile Rodgers et Bernard Edwards avaient initialement composé "Upside down" en pensant à Aretha Franklin qui était également à l'époque chez Atlantic Records. Ils lui avaient d'ailleurs proposé le titre avant Diana mais cela n'aboutit pas.

Pour la petite histoire, dans une autobiographie de la Queen of Soul, quelques mots sont consacrés à CHIC,  Aretha a bien rencontré Bernard Edwards et Nile Rodgers pour un album destiné à être produit par la CHIC Organization. Ils lui ont présenté des maquettes de titres qu'elle a beaucoup aimé. La pré-production a démarré et là : conflit. Ce que Diana Ross a accepté par la suite ( ne pas connaitre les titres à l'avance pour garder une spontanéité très soul ), Aretha Franklin l'a refusé. La Queen composait aussi des titres et voulait absolument participé à l'élaboration des morceaux. Le désaccord stoppa la collaboration et "Upside Down" a alors été proposé à Diana Ross, la suite fait partie de la légende. Aretha conclut en disant n'avoir aucun regret.


 L'année 1980 fut aussi la date du second album avec les SISTER SLEDGE "Love somebody today" qui fut moins phénoménal que "We are family". Les titres "Reach your peak" et "you fulled around" expriment le groove CHIC. Quant au charme des SISTER de Philadelphie... Comment rester indifférent à la voix de Kathy et au physique de Joni... ? En 1981, Bernard Edwards et Nile Rodgers s'illustrent aussi en composant pour la sensuelle DEBBIE HARRY du groupe BLONDIE avec "Backfired", "Surrender", "The jam was moving" sur l'album "Kookoo". Finalement, on réalise que CHIC a beaucoup écrit pour les divas.


 "En fait, le DISCO, musique popularisée pour les blancs ne fait que peu d'adeptes auprès de la communauté noire. En effet, la promesse du grand rêve américain d'égalité raciale, symbolisée par la Soul des années 60 et le mouvement l'accompagnant pour les droits civiques (Civils Rights Movement), n'est plus d'actualité au courant des années 70 ("Say it loud, I'm Black and I'm proud" de James BROWN). Issu de la Soul et du Rythm'n blues, le FUNK est une réponse à la quête de la reconnaissance du peuple afro-américain brisée par les morts des 2 leaders activistes Malcolm X (1965) et Martin Luther King (1968).  Les expérimentations de Sly et sa Family Stone, ainsi que les pérégrinations de James BROWN posent les bases naissantes du FUNK à la fin des années 60. Les maîtres "funky" sont George Clinton et son Funkadelic, ainsi qu'une palanquée de musiciens formés par James BROWN comme Bootsy Collins (basse) ou Maceo Parker (saxophone). En puisant sa force rythmique dans tous les styles de la musique noire américaine et en particulier dans le jazz, le funk s'enrichira de plusieurs variantes pour donner le disco funk, la soul funk, le latin funk, etc. Dans ce nouveau style de musique, tous les éléments de la batterie, ainsi que de nombreuses techniques du jeu jazzy seront utilisés, tels que les syncopes, les contretemps, les breaks et les changements de rythme.

Le tableau des instruments utilisés dans la musique funk démontre bien que ce nouveau style marquait un retour à la polyphonie rythmique. Pour étoffer cette polyphonie, les ingénieurs du son auront recours à la technique de l'overdub qui consiste à superposer les enregistrements. Tout comme le disco, le rythme funk est essentiellement binaire (huit croches égales par mesure constamment entendues), mais il peut aussi emprunter le style ternaire du jeu jazzy. La batterie, en particulier, va piloter l'ensemble des instruments rythmiques supportant les sons électriques et électroniques. Cependant, le beat régulier du disco est resté intact : il est simplement remplacé, tantôt par la caisse claire ou par le clapping des boîtes à rythme et décalé sur chacun des temps faibles de la mesure. D'un autre côté, la basse électrique qui joue en complicité avec le batteur, développe des lignes mélodiques très riches, tout en accentuant le jeu de la polyrythmie. Sans être aujourd'hui complètement détrôné par les nouveaux courants musicaux, on peut dire que le FUNK est la fois la synthèse de tous les styles de la musique noire américaine et une formidable fusion entre le jazz, l'électronique et la dance music."

 On en déduit que Bernard Edwards Edwards et Nile Rodgers ont exploité et bénéficié du phénomène d'ebullition du DISCO, afin de moderniser un FUNK si originel et valorisant. Ils l'ont fait ainsi que d'autres groupes tels que principalement EARTH,WIND AND FIRE et KOOL AND THE GANG. Cependant, CHIC ne réussit pas à dissocier son image de celle du DISCO. Son succés reste en effet quasi-contemporain de celui des principaux artistes DISCO de l'époque : CERRONE, BEE GEES, PATRICK HERNANDEZ, MICHAEL ZAGER BAND, SYLVESTER, DONNA SUMMER, ANITA WARD.... La fin du DISCO annonce donc le déclin de CHIC.


Au début des années 80, les gens proclamèrent le DISCO mort et beaucoup d'artistes disco commencèrent à sombrer. Il en fut de même pour CHIC qui paradoxalement, n'a jamais réellement été un groupe 100% DISCO. CHIC est surtout depuis l'origine l'un des groupes phares du FUNK, comme l'explique l'article intitulé "Le rythme du funk" de Tommy Nobyn :


Le groupe enregistre néanmoins successivement 2 autres albums : "Take it off" en 1981, "Tongue in Chic" en 1982. CHIC est alors à la recherche de nouvelles sonorités car la vision CHIC parfaitement symbolisée dans l'album "Real People" n'est plus synonyme de succès auprès du public. Bernard Edwards et Nile Rodgers introduisent alors des accents rock dans leurs compositions afin de dynamiser leur écriture. "Take it off" consiste donc en un prototype d'album funk induit de rock avec notamment "Stage Fright" et "Burn Hard". L'album "Tongue In Chic" recèlent des titres de qualité tels que "Hangin'" et "I feel your love comin' on". Ces 2 albums restent cependant inaperçus auprès du public et constituent de nouveaux échecs commerciaux.


En 1982, les 2 acolytes signent un engagement pour écrire et produire la bande originale de la comédie Soup for One, interprêté par Saul Rubinek, Marcia Strassman, Gerrit Graham, Teddy Pendergrass, Andrea Martin, Christine Baranski. C'est l'histoire d'un jeune célibataire new-yorkais qui rencontre la femme idéale et essaye désespérément de la séduire... Les Sister Sledge, Teddy Pendergrass, Fonzi Thornton, Debbie Harry et Carly Simon sont au registre. Le titre "Soup for One" interprété par CHIC fut un véritable sursaut du groupe qui se positionna n°8 dans les charts. La voix grave de Bernard Edwards et les riffs de Nile Rodgers font merveille sur ce titre qui incarne parfaitement la tristesse des compositions de CHIC. Il s'agit probablement de leur meilleure composition. Bernard Edwards et Nile Rodgers participeront également à la BO de Thelma et Louise en 1991.

Par la suite, Nile Rodgers écrira d'autres titres pour les films suivants : Gremlins (1984), Against All Odds (1984), D.A.R.Y.L. (1985), Moonlighting (1986), The Fly (1986), Home Of The Brave (1986), Coming To America (1988), Earth Girls Are Easy (1988), Flintstones (1993), Space Jam (1994), Feeling Minnesota (1996), Curdled (1996), Beverly Hills Cop III (1996)... Bernard Edwards produira Time out for the burglar (1987) interprêté par les Jacksons du film Pie voleuse (Burglar). Il apparaît aussi dans la bande originale de Pretty in pink (1990).

En 1983, Nile Rodgers et Bernard Edwards s'essaient à des albums solos afin de renouer avec le succès.

Nile Rodgers décide de produire un premier album solo intitulé "The land of the good groove". C'est un album où il assure l'intégralité de l'écriture. Il manie avec toujours autant de dextérité sa Stratocaster mais aussi le chant en compagnie de Sarah Dash. Bernard Edwards et Tony Thompson contribuent à cet album. On retrouve également Fonzi Thornton, le choriste de CHIC mais aussi Rob Sabino et Raymond Jones, les claviers de CHIC. Les titres "The land of the good groove" et surtout "Rock bottom" sont des tubes potentiels mais cet album a une connotation ROCK-FUNK  qui ne fut pas comprise par le public. Nile Rodgers démontre néanmoins son talent individuel, y compris pour les ballades avec "My love song for you".

Bernard Edwards produit aussi un premier album solo intitulé "Glad to be here". Cet album comme celui de Nile Rodgers ne fut pas un succès commercial, mais il est cependant à l'image talentueuse du bassiste de CHIC avec "Your love is good to me", "Joy of life", "Don't do me wrong" ( interprêté par Jocelyn Brown ). Le CHIC Band est présent : Nile Rodgers, Alfa Anderson, Luci Martin, Tony Thompson, Dolette Mac Donald, Michelle Cobbs. Bernard Edwards est aussi auteur-compositeur-interprète. Cet album achève de confirmer sa place parmi les plus grands bassistes FUNK au même titre que Larry Graham ( GRAHAM STATION ), Sandy Anderson ( UNLIMITED TOUCH ), Bootsy Collins ( JAMES BROWN ), Fred Washington ( PATRICE RUSHEN ), Paris Ford ( CHANGE, BB&QB ), Timmy Allen ( CHANGE ), Ray Jackson ( AURRA, M'TUME ), Nathaniel Philips ( PLEASURE ), Marvin Craig ( LAKESIDE ), Kayode Adeyemo ( STARPOINT ), Michael Henderson ( M'TUME ), Gerald Lebon ( SKYY )... Bernard Edwards reste le premier bassiste à avoir développé des lignes de basse extrêmement claires, conférant à la guitare basse des solos d'une grande pureté, au sein des autres instruments. Il inspire incontestablement de façon majeure le FUNK, et influence les autres courants musicaux, dont le ROCK qu'il affectionne depuis l'adolescence.


Les deux albums "The land of the good groove" et "Glad to be here" n'ayant pas été plébiscités par le public, Nile Rodgers et Bernard Edwards décident d'écrire un nouvel album pour CHIC en 1983 intitulé "Believer". Malheureusement, ce 7ème opus de la saga CHIC subit le même échec et fut à l'origine de tensions entre les 2 fondateurs du groupe. Ils sont alors épuisés nerveusement par le travail accumulé du fait de leur statut d'auteur, compositeur, interprète, producteur avec notamment 300 titres en trois ans ! Ils sont plus souvent en studio ou en tournée qu'au sein de leurs familles respectives. Leur réussite a pris une telle proportion entre 1977 et 1980, qu'ils ont perdu le sens des réalités et le goût de jouer ensemble. L'argent et les paradis artificiels entament leur créativité. Cela se ressent musicalement dans "Believer", qui est inférieur à tout ce que CHIC a produit jusqu'alors. La vision CHIC n'est plus...

De surcroît, si on analyse la période des albums "The land of the good groove", "Glad to be here" et "Believer", on réalise que 1983 constitue une année charnière pour Bernard Edwards et Nile Rodgers. Nos 2 acolytes ainsi que Tony Thompson ne sont plus séduits par l'évolution du FUNK. C'est l'époque où le FUNK privilégie l'électronique au détriment des véritables instruments basse, guitare et piano. Les synthétiseurs et autres LYNN DRUM MACHINE deviennent incontournables dans ce nouveau style en provenance de MINNEAPOLIS. Selon Nile Rodgers et Bernard Edwards, les "vrais" musiciens ne sont plus en vogue dans ce contexte et cèdent la place aux techniciens. Notre duo ne croit plus au FUNK avec ce dernier album paradoxalement intitulé "Believer". Bernard Edwards et Nile Rodgers, contemporains du DISCO, instigateurs du renouveau du FUNK, sont devenus subitement obsolètes ! D'où les échecs commerciaux à répétition et la dissolution inéluctable de CHIC début 1984..Nos 2 leaders ne sont plus complices et se séparent en mauvais termes. L'heure est désormais aux carrières solos.

 Les 3 protagonistes de CHIC décident donc de s'éloigner progressivement du FUNK. Ils se tournent alors vers les artistes ROCK, cette musique qui a bercé leur enfance au même titre que la SOUL et le RYTHM' and BLUES. A leur sens, les artistes ROCK sont alors les seuls musiciens à mettre encore de la fierté dans leur musique en jouant encore avec de véritables instruments... Ce nouveau répertoire des 3 protagonistes souligne leur polyvalence musicale, et est à l'origine de titres qui sont devenus des classiques du genre. Un juste retour des choses dans la mesure où Rodgers, Edwards et Thompson souhaitaient initialement créer un groupe ROCK ! Néanmoins, les puristes FUNK considèrent dans cette évolution artistique que les trois acolytes vendent leur âme à l'ennemi... Sans être aussi excessif, on décèle un peu d'amertume chez nos 3 musiciens. Certaines séparations sont difficiles !


 Nile Rodgers produit donc des artistes tels que DAVID BOWIE "Let's dance", DURAN DURAN "The Reflex" "Notorious", MICK JAGGER "Secrets", "Half a loaf", "Turn the girl loose", STRAY CATS "Let's go faster", INXS "Original sin" et, dans le registre pop, MADONNA "Like a virgin" ... Il faut souligner que pour l'époque, c'était un fait exceptionnel de voir un artiste noir, fut-il extrêmement talentueux, produire des artistes blancs de la renommée de David Bowie ou Mick Jagger. C'est là, la force de la musique, elle touche intelligemment à l'universalité... Nile Rodgers fut en ce sens, un pionnier. Les titres "Let's dance" et "Like a virgin" eurent un immense succès et établirent définitivement la notoriété de Nile Rodgers en qualité de producteur. "Like a virgin" conféra à Madonna un statut de star et "Let's dance" relança la carrière de David Bowie. A ce sujet, Nile Rodgers expliquait dans un reportage que le statut de producteur lui permettait de toucher des centaines de millions de gens via des artistes comme Bowie, tout en restant dans l'ombre. Alors que s'il avait cherché à être également interprète, son travail aurait eu nettement moins de succès. Pour le grand public 'like a virgin", c'est Madonna ;-)))


Un peu comme durant leur cursus d'étudiant, Bernard Edwards fit de même avec un peu moins d'éclat. Il produisit cependant POWER STATION "Some like it hot", ROBERT PALMER le crooner irlandais "Addicted to love", MISSING PERSONS "The color in my life", JODY WATLEY ( l'ex-chanteuse de SHALAMAR ) "Don't you want me", NONA HENDRYX "Rock this house", ROD STEWART, JOE COCKER... Tony Thompson, l'éternel complice de Bernard Edwards, devient le batteur de Power Station. Il évoque cette période dans une interview exclusive dans le magazine "Modern Dummer". Cette interview relate ses influences, son parcours depuis CHIC et sa rencontre avec Nile Rodgers et Bernard Edwards : http://www.c-chic.com/textes/Web_Exclusive_Interview.doc .On le reconnaît sur cette photo de POWER STATION ( à dr. ) en compagnie de Robert Palmer et de deux membres éminents de DURAN DURAN : ANDY TAYLOR et JOHN TAYLOR.

Par ailleurs, JOHN TAYLOR a toujours affirmé que Bernard Edwards l'avait incité à devenir bassiste professionnel lorsqu'il entendit pour la première fois les accords de "Good times".


En 1985, Nile Rodgers produit un autre album solo intitulé "B-movie matinee". En 1987, il constitue un groupe dénommé OUTLOUD et l'album "Out loud"  avec la guitariste/chanteuse FELICIA MICHELE COLLINS, rencontrée chez un disquaire de New York. PHILIPPE SAISSE, le futur pianiste de CHIC ( from Marseille ! ), fait aussi partie de l'aventure Outloud. Ces deux albums de Nile Rodgers furent un peu à l'image du premier "The land of the good groove" : des expériences musicales. L'album "Out loud" fut considéré comme trop "artistique" par la Warner Bros qui mit d'ailleurs fin à l'expérience Outloud, malgré des critiques élogieuses. On est loin de l'adhésion aux fabuleux "Good Times" et "Le Freak" par le grand public. 

En 1992, contre toute attente et pour le bonheur de tous, CHIC se reconstitue et enregistre un nouvel album. Le point de départ est le 39ème anniversaire de Nile Rodgers auquel Bernard Edwards était convié, en 1991. Bernard et Nile Rodgers renouent alors les liens d'amitié qui les unissent depuis leur adolescence. C'est dans le tardif show télé des musiciens Paul Shaffer et Anton Fig, que nos 2 complices décident d'interpréter à nouveau "Le freak" et "Good times". C'est une véritable explosion de joie sur le plateau qui incite les 2 amis d'antan à composer ce nouvel album. Cette décision est également consécutive au succès rencontré par les deux sensationnels "Best Of CHIC" parus discrètement en 1991 et 1992. Seuls Nile Rodgers et Bernard Edwards subsistent de l'épopée 1977-1983. Le génial et surpuissant batteur Tony Thompson n'est pas présent, ce qui apparaît cependant comme une triste erreur de casting. Sylver Logan et Jenn Thomas sont les nouvelles vocalistes de CHIC. Le résultat est "Chic-ism". Il fallut 1 an aux deux compères pour écrire cet album. C'est un CHIC très funky années 90 avec "Chic mystic", "Your love" "M.M.F.T.C.F" et le très funky "Doin' that thing to me". Cet album eut un bon accueil du public mais le syndrome "Freak Out" - "Good Times" relativisa encore cette création.



Ce nouvel album constitue néanmoins le signe de la renaissance de CHIC. Le groupe entame d'ailleurs une série de tournées dont 2 au Japon, entre 1996 et 1998. C'est malheureusement lors de la première tournée que Bernard Edwards meurt tragiquement à l'age prématuré de 43 ans, le 18 avril 1996. C'est Nile Rodgers qui découvre son ami mort dans sa chambre d'hôtel, à Tokyo. Bernard Edwards s'était plaint de douleurs à l'estomac la nuit précédant le concert au Budõkan durant lequel il avait une forte fièvre. Il mourut officiellement dans son sommeil des causes d'une pneumonie aigüe, selon le médecin légiste. Un peu à l'image de la pneumopathie atypique qui a tristement secoué la planète par la suite.

La première tournée correspond également à la première vidéo du groupe, elle est d'autant plus exceptionnelle et pathétique que c'est la dernière fois que Bernard Edwards joue de la basse...il parait très fatigué pendant cet ultime concert mais quel talent ! Le concert a été miraculeusement enregistré (c'était paradoxalement le premier concert de CHIC filmé) et le DVD est disponible sur tous les sites de vente de musique en ligne. La tournée a aussi été immortalisée sur l'album "Live at the Budõkan" dont Nile Rodgers dit au "Los Angeles Daily News" qu'il lui fallut 1 an et demi avant d'en assurer la production, tellement le souvenir de son ami disparu était douloureux...


Le 3 avril 1998, Nile Rodgers et CHIC réalisèrent 2 concerts mémorables au Tramps à Manhattan. Il y avait Nile Rodgers à la guitare, Jerry Barnes à la basse, Omar Hakim à la batterie, Bill Holloman et Mac Gollehon aux trompettes, Richard Hilton aux claviers, Katreese Barnes aux claviers et aux choeurs, Gerardo Velez aux percussions et Sylver Logan Sharpe ainsi que Audrey Lomax en qualité de vocalistes. Sylver est devenue la chanteuse leader depuis "Chic-ism" en 1992. Avis aux paparazzi : elle est la petite amie de Nile...( encore ces guitaristes ! )
 Ces 2 concerts furent un triomphe universellement reconnu . CHIC était de retour ! De plus dans leur berceau de New York ! Ils chantèrent  "Everybody Dance", "Dance, Dance, Dance", "I Want Your Love" et "I'm Comin' Out". Kathy Sledge interpréta "We Are Family" puis CHIC enchaîna avec "Chic Cheer", "Le Freak" et "Good Times"!

Depuis la création du site, je désespérais de voir un jour Nile Rodgers et CHIC en France sur scène...jusqu'à ce soir du 21 juillet 2003 au Nice Jazz Festival. C'est l'évènement que Nile Rodgers a choisi pour enfin gratifier l'hexagone de son premier concert en France ! Le fan que je suis ( depuis les premiers accords de Freak out... ) a été comblé. J'ai assisté à un concert magnifique, de haute tenue, avec des artistes talentueux et chaleureux. Le show a été mené de main de maitre par un Nile Rodgers impérial tant par son charisme naturel que par son éternel groove. Derrière le bandana blanc impeccable, brillait l'oeil luisant du génie funky qui, en bon maître de cérémonie a démarré le show avec une version courte et très rythmée de "Freak out". Le décor était planté. S'ensuivirent : "everybody dance", "I'm coming out", "I want your love", "He's the greatest dancer", "upside down", "good times", "chic cheer", "my forbidden lover"... bref, tous les grands classiques du groupe avant une ultime version longue de "Freak Out, en guise de cadeau au public.

Autour du monstre sacré, au chant, Sylver Logan Sharp et la choriste Jessica Wagner. Aux claviers, Richard Hilton et Cherie Mitchell qui assure également les choeurs. Et les éternels Gerrardo Velez à la percussion, Jerry Barnes à la basse, Billy Holloman, Mac Gollehon aux trompettes et le brillant Omar Hakim à la batterie. Jerry Barnes a par ailleurs été impressionnant et n' a pas failli à la mémoire de Bernard Edwards, excepté peut être sur "everybody dance" ; la prestation phare d'Edwards difficilement imitable. Il développe également une grande complicité avec Nile. L'exhubérant et sympathique Gerardo Velez a été le "greatest dancer" de la soirée !

En conclusion, ce premier concert de CHIC en France a été grandiose. L'évènement a été à son apogée lorsque Nile, seul sur scène, a été acclamé et salué pendant une dizaine de minutes à la fin du spectacle. L'artiste était visiblement ému par ce vibrant hommage du public niçois manifestement conquis par le talent et l'humilité de notre guitariste/auteur/compositeur/producteur/interprète. Bernard Edwards était surement très ému, là-haut.


Malgré toutes ces épreuves et le temps qui nous éloigne de son âge d'or, le succès de CHIC n'a jamais été démenti. Le nombre incroyable de samples extraits de l'oeuvre de Nile Rodgers et Bernard Edwards le prouve au quotidien. Pour exemple, le groupe français MODJO qui grâce aux samples des riffs de "soup for one", a accumulé en l'an 2000, renommée et disques d'or.

Nile Rodgers continue de porter la flamme en hommage à Bernard Edwards et pour le bonheur des fans inconditionnels du groupe...!

Enfin, avec la complicité d'un FUNK si originel, CHIC a démontré que les gens auront toujours besoin de mélodies et de grooves, afin d'oublier quelques instants une société toujours plus exigeante. Nile  Rodgers et Bernard Edwards ont réellement insufflé une part de "joy of life" dans la vie de millions de leurs contemporains. La conclusion revient au musicien jamaïcain Gérald Simpson, suite à une question posée par Jean-Vic CHAPUS, sur le site Planet of Sound 2000 :

Jean-Vic CHAPUS  - "La musique a l'air d'être intimement reliée à une expérience de la liberté pour toi. Dans quels styles musicaux retrouvais-tu cette liberté ?"

Gérald SIMPSON  - "Dans le funk avant tout. J'étais maniaque de tous les disques de Sly and The Family Stone. Mais mes idoles, c'étaient les musiciens de CHIC. Je n'avais d'yeux que pour le jeu de basse de Bernard Edwards. On en revient à la notion d'amusement. J'aimais CHIC bien au delà de leur musique car ils avaient l'air tellement heureux en jouant. Moi, je voulais être comme eux, faire de la musique pour être heureux sur scène..."


C'est malheureusement dans la même année qui consacre la venue de CHIC en France, que Tony Thompson nous a quittés. Le batteur prodigieux de la belle épopée de CHIC est décédé le 12 novembre 2003, à l'âge de 48 ans, des suites d'un cancer du rein foudroyant, à Encino en Californie. Le séducteur du groupe CHIC est parti jouer de la batterie auprès de son ami Bernard Edwards, comme dirait un ami fan de la première heure. Cette tragédie annule à jamais la probabilité de revoir Tony nous rejouer les titres phares de CHIC, en hommage à toutes ces années de succès avec Nile Rodgers et Bernard Edwards. Un grand monsieur est parti, mais sa batterie continuera de nous faire groover encore et encore. Au revoir Tony.